Se reconnecter à l’instant présent pour retrouver le bien-être du corps et de l’esprit, c’est ce que nous enseigne la méditation de pleine conscience. Entretien avec Valérie Di Daniel, professeur de méditation en Bretagne.
Rebelle-Santé : Pourriez-vous me parler de votre parcours ?

Valérie Di Daniel : « La pleine conscience s’est présentée très tôt dans ma vie. À 7 ans, j’ai souffert d’un bégaiement sévère. De nature contemplative, je me suis mise à chercher des solutions en moi pour apaiser les tensions liées à ce trouble : détente musculaire, respiration consciente, apaisement des émotions… Bien plus tard, j’ai compris que cette problématique et mes ressources intérieures pour la guérir avaient été mon cadeau de naissance. Ce moment fondateur allait être le point de départ et le fil rouge de mon aventure personnelle et professionnelle.
Diplômée en pédagogie, psychologie et chant lyrique, j’ai commencé la pratique du yoga en parallèle. J’ai ensuite été initiée à la méditation zen à Lyon et à la méditation de pleine conscience au village des Pruniers en Dordogne, ermitage du maître vietnamien Thich Nhat Hanh.
La pratique du yoga, de la méditation et l’étude des enseignements qui s’y rattachent ont ancré en moi ce sentiment de présence élargie et stable. Le processus était efficace, sûr et puissant, et m’apportait détente, clarté, joie et énergie au quotidien. Convaincue que cette approche fournirait des outils simples, concrets et bénéfiques aux gens pour prendre soin d’eux, je suis devenue
professeur de méditation et de yoga, et formatrice en gestion du stress et des émotions. Cela fait maintenant plus de 20 ans que je transmets ces connaissances au travers de cours, stages,
formations et retraites. »
La pleine conscience, c’est quoi ?
« C’est mobiliser pleinement son attention, être dans une présence vigilante à ce que l’on vit dans l’instant. Le moment présent a deux aspects : ce qui se passe en soi (sensations corporelles, émotionnelles, flot des pensées, impressions) et autour de soi (sons, odeurs, mouvements, situations).
La plupart du temps, nous ne sommes pas enracinés dans cette réalité de l’instant.
Nous sommes absorbés par des vagues de pensées et du bavardage mental qui nous entraînent dans le passé ou le futur. Cette déconnexion du moment présent est une source de souffrances émotionnelles. »
Quelle est l’origine de la méditation ?
« Elle trouve ses origines dans l’Inde ancienne (avant la période védique, 1500 avant J.-C.), puis dans le bouddhisme (Ve siècle avant J.-C.).
Dans les années 1960, elle a gagné l’Occident grâce à des maîtres orientaux et hindouistes qui l’ont transmise dans un cadre spirituel (le nouvel âge – new age) notamment aux États-Unis. En 1979, le Dr Jon Kabat-Zinn l’a popularisée, dans un cadre thérapeutique et laïc, en créant le programme MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction) qui intègre différentes techniques de pleine conscience, dont la méditation et le yoga, pour aider à gérer le stress, l’anxiété et la douleur.
Le psychiatre Christophe André l’a introduite en France en 2004 et l’a adaptée au contexte clinique, en médecine et psychothérapie, et au grand public. »
Comment la méditation agit-elle sur le corps et le
mental ?
« Cet état de présence, qui émerge dès que nous ramenons notre attention au moment présent grâce à nos sens (vue, odorat, goût, ouïe, toucher), apaise le flot de pensées automatiques, nous détend et nous rend plus disponibles à ce qui se passe dans l’instant, que ce soit agréable, désagréable ou neutre. Nous pouvons ainsi mieux le comprendre, le dépasser et accéder à un meilleur niveau de réponse ou d’interaction.
Ce n’est pas facile car notre esprit n’est pas habitué à fonctionner de cette manière. La méditation de pleine conscience nous apprend à être pleinement « ici et maintenant ». Elle nous entraîne à nous concentrer sur le moment présent, sans cher- cher à le modifier, ni à intervenir, et sans intention particulière. Cela ne veut pas dire que nous ne passerons pas à l’action ensuite. Au contraire, l’action aura des chances d’être plus juste.
La pleine conscience et la méditation vont calmer le système nerveux, lui permettre de se rééquilibrer et de se régénérer, ce qui procure rapidement une sensation de bien être. »
Quels sont les effets positifs ?
« De nombreuses études scientifiques ont démontré des bénéfices au niveau physique et mental. Cela va du sentiment de calme et de bien-être général au soulage- ment de la douleur ou à l’apaisement de l’inquiétude, du stress et des ruminations ; d’une plus grande stabilité de l’attention et de la concentration à une amélioration de la vitalité et de la récupération ; d’un meilleur sommeil à un regain d’énergie et au renforcement des défenses immunitaires ; d’une meilleure compréhension de soi à un meilleur équilibre émotionnel ; d’une meilleure clarté mentale à une réduction des réactions impulsives ; d’une prise de conscience du lien avec la nature et les autres êtres humains au dépassement du « moi, je »… Pour en tirer le meilleur, la méditation doit prendre sa place dans vos routines du quotidien, comme se brosser les dents. »
Quel est le temps nécessaire pour constater des
bienfaits ?
« On ressent déjà des effets positifs sur le stress, la concentration, le sommeil et le bien-être émotionnel avec 10 à 20 minutes par jour sur plusieurs semaines. La régularité et la qualité de la pratique sont déterminantes, avant même de parler de durée. 5 minutes 2 fois par jour apportent déjà des changements significatifs, ce qui motive à méditer chaque jour et à allonger peu à peu la durée. »
Y a-t-il des contre-indications ?
« Oui, la schizophrénie, la psychose, les troubles bipolaires, la phase aiguë de dépression ou le stress post-traumatique, ainsi que chez les personnalités borderline ou dépendantes à certaines substances…
Je recommande fortement de commencer sous la supervision d’un instructeur qualifié qui propose un entretien initial et s’assure que la pratique est adaptée. Au besoin, il conseillera l’avis du médecin ou du psychiatre avant de commencer les séances. »
Comment se déroule une séance ?

« Assis confortablement au calme, vous adoptez une posture stable et détendue, dos droit, mains
posées sur les genoux, paupières closes. Vous commencez doucement à prendre conscience de votre corps, des sons, de votre respiration à l’inspiration et à l’expiration. Au bout d’une minute, vous laissez la respiration revenir à son rythme naturel et vous continuez à être présent à la
respiration, à l’observer, à la ressentir, sans effort.
Si des pensées surgissent, vous en prenez conscience, sans jugement, puis vous ramenez l’attention vers le ressenti de la respiration.
Lorsque vous vous sentez prêt à terminer la séance, vous prenez un moment pour apprécier votre état intérieur puis vous ouvrez doucement les yeux et reprenez contact avec l’environnement.
Après la méditation, il est intéressant d’amener cette qualité de pleine conscience, de présence, dans ses activités quotidiennes (s’accorder un moment de pause avec une respiration consciente douce et profonde ou être pleinement présent dans ce que l’on fait). »
Quels en sont la durée, le prix moyen ?
« La durée varie selon que vous vous initiez à la méditation ou que vous avez déjà un peu pratiqué.
Les séances individuelles avec un instructeur coûtent de 30 à 100 € selon l’expérience et la localisation. Les cours en groupe, entre 10 et 30 € par séance. Pour ma part, une séance individuelle de 40 minutes coûte 35 € et les séances de groupe d’une heure, 15 €. Les séances se déroulent en présentiel ou en distanciel.
Des applications ou des ressources en ligne proposent aussi des méditations guidées gratuites ou sur abonnement. Dans ce cas, il n’y a pas de suivi personnalisé ni d’échange au sujet de l’expérience et de l’évolution de la pratique. »
Comment sont formés les professeurs ?
« En France, les formations certifiantes préparent à la qualification d’instructeur MBSR, pleine conscience laïque. Le cursus de plusieurs mois inclut des retraites intensives de méditation, de la
supervision et du mentorat de groupe et individuel.
Les programmes comprennent des cours théoriques et pratiques sur la méditation, la psychologie, les neurosciences, la pédagogie et l’éthique, et un mémoire de fin de cursus. Ce processus vise à garantir la préparation des enseignants. Plusieurs organismes et universités en France proposent des cursus (ADM Paris, Euthymia, IMA-formation, IFPCM, Université de Paris, de Montpellier…). »
Qui peut se former à cette pratique ?
« Les professionnels de santé et tout méditant avec une pratique personnelle solide et régulière de la méditation de pleine conscience, et animé par le désir de transmettre ses enseignements. »
Quelles sont les qualités essentielles d’un bon
professeur ?
« Une solide expérience méditative, une bonne connaissance des textes anciens et des apports scientifiques ainsi que des compétences relationnelles et pédagogiques pour fournir un enseignement solide. La bienveillance et la compassion, la patience, l’ouverture d’esprit, la capacité à motiver, à inspirer et à encourager, l’éthique et l’intégrité pour éviter toute ascendance ou manipulation. »
Comment trouver un bon professeur ?
« Il doit avoir une expérience significative dans l’enseignement de la méditation et avoir suivi un cursus de qualité en France ou à l’étranger. Vérifiez ses références, lisez les témoignages d’élèves, suivez la recommandation d’un professionnel de santé ou d’une personne de confiance.
Demandez un entretien préalable et suivez un cours d’essai pour voir si l’enseignement vous convient. Posez des questions sur l’approche proposée et écoutez votre intuition. La connexion personnelle avec l’enseignant est essentielle. Si vous n’êtes pas à l’aise, cherchez quelqu’un
d’autre. »
Propos recueillis par Murielle Toussaint, journaliste santé à Rebelle-Santé