Comme beaucoup d’êtres humains, j’ai vécu une expérience de séparation qui m’a marqué. J’avais environ six ans. Nous vivions en Tunisie et, pour des raisons historiques, mon père était parti à Marseille préparer notre venue.
Un jour, dans la cour de récréation en gravier, un camarade m’a fait un croche-pied. Je suis tombé. Toute ma joue était en sang. Et dans cet instant précis, je n’aurais voulu qu’une seule chose : que mon père soit là.
Quelques semaines plus tard, lorsqu’il est rentré, alors que je parlais déjà couramment, je me suis jeté contre lui, frappant sa poitrine de mes petits poings en pleurant :
« Moi, vouloir toi ! »
Ce que j’ai ressenti ce jour-là n’était pas une peur durable d’être quitté.
C’était la réaction d’un enfant face à l’absence momentanée d’une figure dont il dépend affectivement. En psychologie du développement, on appelle cela l’anxiété de séparation.
L’anxiété de séparation : un mécanisme normal
L’anxiété de séparation est une étape normale du développement. Elle apparaît lorsque l’enfant prend conscience que la figure d’attachement peut s’éloigner. Elle n’est pas pathologique.
Elle protège le lien. Elle dit simplement : « J’ai besoin de toi. » Dans la grande majorité des cas, lorsque la présence affective est suffisamment stable, cette anxiété s’apaise avec le temps. Mais toutes les séparations ne laissent pas la même empreinte.
Quand la séparation laisse une trace
Certaines expériences surviennent dans des contextes particuliers : migration, insécurité, changements majeurs. L’émotion est plus intense. La vulnérabilité plus grande. La séparation ne crée pas en soi un trouble. Mais elle peut laisser une trace émotionnelle.
Ce n’est plus seulement un souvenir. C’est une sensation inscrite dans le corps : avoir été seul face à une douleur. Si cette sensation se réactive dans d’autres situations de fragilité, elle peut évoluer.
Elle ne parle plus seulement du passé. Elle devient une anticipation : « Et si cela recommençait ? » C’est ainsi que peut apparaître la peur de l’abandon.
La peur de l’abandon : une anticipation permanente
La peur de l’abandon ne se manifeste pas seulement par la crainte d’être quitté. Elle s’exprime par :
- une hypersensibilité à la distance ou au silence ;
- un besoin intense de réassurance ;
- une difficulté à tolérer l’incertitude relationnelle ;
- parfois des relations fusionnelles… ou des ruptures défensives pour ne pas être quitté
- en premier
Dans la théorie de l’attachement, ce fonctionnement est souvent associé à ce que l’on appelle un attachement anxieux : le système relationnel s’active rapidement, parfois de manière disproportionnée, face au moindre signe d’éloignement.
La peur ne concerne plus un événement passé. Elle devient une alerte tournée vers l’avenir : « Si l’autre s’éloigne, je ne vais pas tenir. »
L’apport de l’hypnose ericksonienne
En hypnose ericksonienne, le travail ne consiste pas à analyser indéfiniment les événements passés. Il consiste à intervenir là où la peur s’est inscrite : dans la mémoire émotionnelle et corporelle. L’hypnose permet :
- d’apaiser les traces anciennes qui s’activent encore ;
- de restaurer un sentiment de sécurité intérieure ;
- d’apprendre à tolérer la distance sans vivre une menace ;
- de transformer l’anticipation anxieuse en confiance relationnelle.
Peu à peu, la relation cesse d’être une question de survie. Elle redevient un espace de choix.

Se libérer de la peur de l’abandon ne signifie pas ne plus avoir besoin de l’autre. Cela signifie pouvoir aimer sans se dissoudre, rester relié sans s’accrocher, être présent sans se perdre.
Article écrit par Edgar Smadja – Hypnothérapeute Paris 9
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