La kinésiologie était au cœur de ce nouveau rendez-vous organisé par Resalib, avec pour objectif d’éclairer aussi bien le grand public que les praticiens déjà installés ou en cours de formation. Pour en parler, deux invitées engagées dans la structuration de la profession étaient présentes : Béatrice Saint-Péron, présidente du SNK, le Syndicat national des kinésiologues, et également présidente de l’IDK, l’intersyndicale de kinésiologie ; ainsi que Céline Cathary, co-présidente d’UNIK, une organisation impliquée dans la représentation de la profession et dans les enjeux de formation.
Ensemble, elles ont retracé l’histoire de la kinésiologie, expliqué ce qui distingue réellement cette pratique, détaillé les raisons qui peuvent pousser à consulter, mais aussi insisté sur la nécessité d’un cadre sérieux, d’une formation exigeante et d’un engagement collectif pour professionnaliser durablement le secteur.
Une discipline en plein essor qui cherche encore à être mieux comprise
Dès le début du webinaire, la kinésiologie est présentée comme une discipline en plein développement. Si elle attire de plus en plus de praticiens et de consultants, elle reste encore parfois mal connue ou mal comprise. L’un des enjeux de cet échange était donc de poser des repères clairs sur ce qu’est réellement la kinésiologie, sur ce qu’elle permet, mais aussi sur ce qu’elle ne doit pas être.
Béatrice Saint-Péron rappelle ainsi que la kinésiologie peut être décrite comme une discipline de gestion des états émotionnels, à la croisée de deux visions. D’un côté, elle s’inscrit dans une filiation occidentale, notamment issue de la chiropraxie. De l’autre, elle s’appuie sur une approche orientale, en intégrant des notions issues de la médecine traditionnelle chinoise, comme celle de l’énergie vitale circulant à travers les méridiens.
Cette double influence donne à la kinésiologie une approche globale de la personne, où le corps, les émotions, les tensions internes et l’équilibre général sont pensés ensemble.
Cette vision holistique a largement contribué à l’essor de la discipline, mais elle suppose aussi un haut niveau de clarté dans le discours des professionnels. Tout l’enjeu est de permettre au public de comprendre ce qu’il peut attendre d’une séance, sans confusion avec d’autres pratiques ni dérive dans les promesses.
Aux origines de la kinésiologie : de la chiropraxie à une pratique ouverte à tous
Céline Cathary revient ensuite sur l’histoire de la kinésiologie. Elle explique que tout commence dans les années 1960 aux États-Unis avec le docteur George Goodheart Junior, chiropracteur dans le Michigan. Passionné par sa pratique et animé par une démarche de recherche, il développe une première méthode fondée sur l’usage du test musculaire : la kinésiologie appliquée. À cette époque, cette approche reste réservée au monde médical.
L’évolution majeure arrive lorsque l’un de ses élèves, le docteur John Thie, lui aussi chiropracteur, décide de rendre ces principes plus accessibles. Convaincu du potentiel de cette méthode, il crée avec son épouse ce qu’il appellera plus tard la “santé par le toucher”, afin de transmettre à un public plus large certaines bases issues de la kinésiologie appliquée.
C’est à partir de là que se développe ce que les intervenantes nomment la kinésiologie spécialisée, c’est-à-dire une kinésiologie qui peut être apprise sans prérequis médicaux.
Dans les années 1980, la discipline arrive en France. Depuis, elle n’a cessé de se développer. Céline Cathary souligne qu’il existe aujourd’hui plus de 80 concepteurs et plus de 80 méthodes diffusées à travers le monde. Cette richesse témoigne du dynamisme de la kinésiologie, mais elle explique aussi pourquoi il est devenu indispensable de structurer la profession et de distinguer les approches sérieuses des offres de formation trop rapides ou trop superficielles.
Pour revivre ce beau moment d’échange, voici le replay du webinaire :
Le test musculaire, élément central et spécifique de la kinésiologie
S’il ne fallait retenir qu’un élément distinctif de la kinésiologie, Béatrice Saint-Péron insiste clairement sur celui-ci : le test musculaire kinésiologique. Elle rappelle qu’il ne faut pas le confondre avec d’autres tests musculaires utilisés par des kinésithérapeutes, des ostéopathes ou d’autres professionnels de santé. En kinésiologie, ce test n’est pas un détail ou un outil secondaire : il guide la séance et constitue le cœur même de la pratique.
Concrètement, le praticien choisit un muscle indicateur, souvent un muscle du bras pour des raisons pratiques, puis mène la séance en observant les réactions musculaires à différents items, informations ou axes de recherche. Le principe exposé dans le webinaire est le suivant : le corps réagit à certains stress, et cette réaction peut se manifester par une faiblesse musculaire observable dans le cadre du test. Le praticien ne “devine” pas, ne projette pas ses idées, mais s’appuie sur ce dialogue corporel pour orienter son exploration.
Pour rendre ce mécanisme plus concret, Béatrice donne un exemple simple : si l’on demande à quelqu’un de penser à quelque chose qu’il déteste profondément, le stress associé à cette pensée peut générer une faiblesse musculaire.
Derrière cet exemple volontairement banal, l’idée est de montrer que le corps réagit à ce qui le met en tension, et que cette réaction peut être utilisée comme point d’entrée pour mieux comprendre les déséquilibres d’une personne.
Elle insiste toutefois sur un point essentiel : le test musculaire n’est pas un outil divinatoire. Il ne sert ni à prédire l’avenir, ni à imposer des vérités invérifiables au consultant, ni à inventer des traumatismes ou des événements passés sans fondement.
Une kinésiologie rigoureuse suppose au contraire de rester dans un cadre clair, respectueux et vérifiable pour la personne accompagnée. Cet avertissement est important, car il montre que les intervenantes cherchent aussi à protéger le public contre certaines dérives ou usages abusifs.
Pourquoi consulter un kinésiologue ?
À la question “pourquoi aller voir un kinésiologue ?”, les réponses apportées pendant le webinaire convergent vers une même idée : consulter devient pertinent lorsqu’une personne sent que quelque chose ne va pas, sans toujours réussir à en identifier précisément la cause.
La kinésiologie intervient alors comme une démarche d’exploration et de régulation, visant à mieux comprendre ce qui se joue et à restaurer un équilibre intérieur.
Selon Céline Cathary, la personne vient d’abord avec une problématique. Elle peut ressentir un malaise, une gêne persistante, un blocage ou un stress qui perturbe son quotidien. Le travail du kinésiologue consiste alors à accompagner cette personne dans la recherche des causes sous-jacentes, en utilisant les outils propres à la discipline.
L’un des objectifs est également de restaurer l’énergie vitale, dans cette articulation entre la dimension émotionnelle et la lecture énergétique héritée de la médecine traditionnelle chinoise.
La logique présentée est progressive : si l’on identifie et traite ce qui génère du stress, alors le stress diminue ; si le stress diminue, la personne peut retrouver davantage de disponibilité intérieure ; et si elle retrouve cette disponibilité, elle peut revenir à son plein potentiel et à un rapport plus harmonieux à elle-même et à ce qui l’entoure.
Le mot “potentiel” est d’ailleurs précisé avec soin : il ne s’agit pas d’un idéal projeté par le praticien ou par la société, mais bien de ce qui est propre à chaque individu.
Quand consulter et pour quels publics ?
Béatrice Saint-Péron explique ensuite que le “bon moment” pour consulter est avant tout celui où la personne le sent. Il n’existe pas un moment unique ou standardisé, car le champ d’application de la kinésiologie est très vaste.
On peut consulter face à une difficulté ponctuelle, une histoire plus ancienne qui continue à peser, un déséquilibre émotionnel persistant, un événement de vie difficile ou encore dans le cadre d’un accompagnement autour du stress lié à la maladie.
Elle rappelle cependant avec fermeté que le kinésiologue n’est pas un médecin. Il ne pose pas de diagnostic médical et ne remplace pas un traitement. En revanche, il peut accompagner une personne sur le plan émotionnel, notamment lorsqu’elle fait face à une annonce difficile, à une période de tension ou à une perte d’équilibre psychique et relationnel.
L’autre point fort du webinaire est d’avoir précisé que la kinésiologie s’adresse à tous les publics. Les intervenantes évoquent aussi bien la femme enceinte que le bébé, l’enfant, l’adolescent, l’adulte ou la personne âgée. Tous les âges de la vie peuvent donc être concernés. En revanche, le nombre de séances ne peut jamais être fixé à l’avance de manière rigide.
Certaines personnes auront besoin d’une seule séance, d’autres d’un accompagnement plus long. Une règle est toutefois rappelée : on laisse généralement passer au moins trois semaines entre deux séances, afin de laisser à la personne le temps d’intégrer ce qui s’est joué et d’observer comment elle évolue.
Cette manière de faire traduit aussi la dimension pédagogique de la kinésiologie telle qu’elle est défendue ici. L’objectif n’est pas de rendre la personne dépendante, mais de l’aider à mieux ressentir ses besoins et à gagner en autonomie dans sa compréhension d’elle-même.
Le stress au cœur de la pratique kinésiologique
Le stress occupe une place centrale dans tout le webinaire. Béatrice Saint-Péron rappelle que la notion de stress, telle qu’elle a été formulée au XXe siècle, désigne une réponse d’adaptation de l’organisme face à un facteur perturbateur.
Cette définition est importante car elle permet de mieux comprendre la logique de la kinésiologie : il ne s’agit pas simplement de faire disparaître un symptôme, mais d’identifier ce qui, dans l’histoire ou dans le vécu d’une personne, agit comme facteur de stress et désorganise son équilibre.
Le test musculaire sert précisément à aller repérer ces stress, leurs origines, leurs ramifications, puis à accompagner leur régulation. Dans cette perspective, toute problématique peut être lue à travers le prisme d’un déséquilibre adaptatif : difficulté relationnelle, mal-être diffus, troubles du sommeil, surcharge émotionnelle, perte de confiance, problème de communication ou encore incapacité à avancer dans certaines situations de vie.
À une question posée en direct sur le fait qu’un stress se manifeste en kinésiologie par un test faible, Céline Cathary répond que le stress entraîne une perte d’énergie vitale. C’est cette diminution momentanée de disponibilité énergétique qui se traduit par une réponse musculaire affaiblie.
Elle illustre cela par des expressions très parlantes comme “avoir les jambes en coton” ou sentir son corps se dérober dans une situation de peur intense. Autrement dit, la faiblesse observée n’est pas une anomalie arbitraire : elle correspond à une réaction corporelle à un état de stress.
Une discipline exigeante qui ne s’improvise pas
L’un des messages les plus forts du webinaire concerne la formation. Céline Cathary insiste longuement sur le fait que la kinésiologie est une discipline exigeante, notamment parce qu’elle met les praticiens au contact de personnes parfois très fragilisées sur le plan émotionnel ou psychologique.
Dans ce contexte, il est impensable, selon elle, de prétendre exercer sérieusement après seulement quelques heures ou quelques jours de formation.
Elle rappelle qu’une formation en kinésiologie doit représenter au minimum 800 heures. Ce volume comprend 600 heures consacrées aux méthodes de kinésiologie, à l’anatomie, à la physiologie, à l’éthique et à l’installation, auxquelles s’ajoutent 200 heures de travail personnel.
Ce travail inclut les séances réalisées avec des volontaires pendant la formation, mais aussi un véritable travail sur soi, indispensable pour apprendre à accompagner sans projeter ses propres problématiques.
La durée minimale attendue est de 18 mois, et la formation doit se dérouler en présentiel. La raison invoquée est simple : le test musculaire ne peut pas s’apprendre correctement derrière un écran. Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des connaissances théoriques, mais de développer une posture, une qualité de présence, une capacité à accompagner, à tenir le cadre et à rester stable lorsqu’une séance fait émerger des éléments difficiles.
Céline Cathary emploie à ce sujet une image marquante : le kinésiologue doit rester “le phare dans la tempête”. Cela signifie qu’il doit être suffisamment solide intérieurement pour guider la personne, sans se laisser déborder par ce qui se joue dans la séance. Cette exigence justifie à elle seule l’importance du temps, de la pratique, du travail personnel et de la formation continue.

L’IDK, les syndicats et les fédérations : structurer la profession et protéger l’usager
Une large partie de l’échange est consacrée au rôle des organisations professionnelles. Béatrice Saint-Péron explique que la kinésiologie évolue dans un univers non réglementé. Cela offre une certaine liberté, mais ouvre aussi la porte à des pratiques hétérogènes et à des personnes insuffisamment formées. Dans ce contexte, les garants du cadre deviennent essentiels.
Pour elle, ces garants sont d’abord les centres de formation sérieux, qui transmettent non seulement une méthode mais aussi des valeurs et une déontologie. Ce sont ensuite les organisations syndicales et fédératives, qui rassemblent des professionnels engagés à respecter un certain niveau d’exigence.
Enfin, ce sont aussi les plateformes capables de mieux informer le public, comme Resalib, notamment grâce à des systèmes d’identification ou de badge permettant de distinguer les praticiens adhérents à des structures reconnues.
L’IDK, l’intersyndicale de kinésiologie, a été créée par quatre grandes organisations historiques de la profession : la Fédération française de kinésiologie, le Syndicat des kinésiologues professionnels français, UNIK et le SNK.
Leur objectif est de défendre ensemble une kinésiologie de qualité, portée par des valeurs communes, loin d’une logique purement commerciale. Il s’agit de poser un cadre responsable, de sécuriser l’usager et de promouvoir des conditions de formation cohérentes avec la réalité du métier.
Le webinaire insiste sur le fait que l’adhésion à une fédération ou à un syndicat ne sert pas uniquement à “faire partie d’un réseau”. C’est aussi une manière de participer à la transformation du secteur, de faire entendre une voix collective, de défendre une certaine idée du métier, et de contribuer à l’évolution du bien-être vers davantage de professionnalisation.
La normalisation et le travail de fond autour du référentiel métier
Dans la continuité de cette structuration, Béatrice Saint-Péron évoque le travail réalisé autour d’un référentiel métier. Plus de quarante professionnels issus des différentes organisations ont participé à cette réflexion collective pour définir plus précisément les contours du métier de kinésiologue.
Ce travail s’inscrit dans une dynamique plus large de normalisation, avec notamment le processus AFNOR. Les intervenantes présentent cette évolution comme une étape importante pour apporter un cadre juste à la profession.
Même si cette normalisation n’empêchera jamais totalement certaines offres de formation express d’exister, elle permettra au moins d’établir des repères plus lisibles pour les futurs apprenants et pour le public.
Le message est clair : avant d’investir du temps, de l’énergie et de l’argent dans une formation, il faut prendre le temps de se renseigner, de comparer, d’interroger les organisations représentatives et de ne pas se laisser séduire uniquement par un discours marketing attractif. La question n’est pas seulement de “devenir kinésiologue”, mais de devenir un professionnel solide, éthique et capable d’exercer de manière responsable.
Des organisations complémentaires au service des praticiens et des futurs praticiens
Céline Cathar précise que, du côté des fédérations, l’action porte davantage sur la formation, les centres de formation, les formateurs et les dynamiques d’évolution du métier.
L’enjeu est de défendre à la fois la kinésiologie telle qu’elle existe aujourd’hui et celle de demain, en gardant un lien avec les autres professions libérales, notamment à travers la Chambre nationale des professions libérales.
Du côté des syndicats, comme le rappelle Béatrice Saint-Péron, l’action porte davantage sur les professionnels certifiés. Adhérer à un syndicat, c’est permettre à l’usager de s’adresser à un praticien dont le parcours a été vérifié et dont la formation a été examinée.
C’est aussi accepter de s’inscrire dans une dynamique éthique, en respectant son champ de compétences et en orientant vers d’autres professionnels lorsque cela est nécessaire.
Ce rappel est particulièrement important dans un secteur où la frontière entre accompagnement et promesse de guérison peut parfois être floue.
Les intervenantes réaffirment donc avec force que le kinésiologue n’est pas un médecin, qu’il ne remplace ni un diagnostic ni un traitement, et qu’il doit savoir collaborer avec d’autres professionnels, qu’ils soient du champ médical ou du bien-être.
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